Christine de Pizan, ‘droit des femmes’, droit et justice en exercice

Bernard Ribémont

Résumé


L’objet de cet article est de définir, dans le contexte de l’œuvre de Christine, ce qu’il faut entendre par « droit des femmes », expression de toute évidence anachronique et inadaptée pour le XVe siècle. Ce qui importe avant tout pour Christine est de montrer que les femmes, en particulier les veuves, et surtout celles qui ne désirent point de remariage, ne doivent pas être calomniées ; la Cité des dames regorge d’exemples de femmes exceptionnelles, réelles ou fictives, qui montrent que les plus hautes valeurs ne sont pas seulement incarnées chez les hommes. Et, sur un plan plus ordinaire, les femmes sont porteuses de vertus particulièrement bénéfiques à la société, la plus importante étant leur esprit de paix. Le ‘droit des femmes’ est donc chez Christine un concept essentiellement éthique, qui ne se définit surtout pas en terme d’égalité sociale, mais qui renvoie une image de la femme conditionnée par un ensemble de vertus traditionnelles, avant tout chrétiennes : pour Christine, la femme qui sait tenir son rang et se comporter vertueusement a le droit d’être considérée à part entière et sans la moindre dégradation due à une tradition misogyne injuste et, comme le montrent de nombreux exemples, injustifiée. Injustifiée, et surtout injuste, car fruit d’une généralisation abusive, comme Christine le souligne au début de la Cité. Le ‘droit des femmes’ se définit donc pour Christine en termes spéculaires : la femme a des droits dès l’instant qu’elle n’autorise pas la critique des hommes. Cette approche extrinsèque implique toutefois une vision positive et intrinsèque, qui aboutit d’une part à l’exposé des vertus qu’une femme doit cultiver afin que son droit soit reconnu et, d’autre part, à la mise en lumière des preuves que cette justice doit être rendue aux femmes le méritant. On ajoutera à ces considérations le fait que, à la marge, mais de façon toutefois significative, Christine intègre dans son discours une « cause des femmes », expression qu’elle emploie elle-même, qui concerne effectivement, de façon toute moderne, l’intervention féminine revendiquant ses droits et luttant contre une injustice.

The aim of this paper is to question about the concept of the « women’s rights’ » in the work of Christine de Pizan. It is an evidence that the expression is quite anachronistic in the context of the XVth century ; however if we pay attention to the expression ‘cause des femmes’ used by Christine which is related to a real defence of women struggling against the injustice they have to stand, it appears justified to consider which is the Christine’ conception of “rights”, relying on law and justice. The most important for our author is probably to show that the women, especially the widows and particularly whose rejecting a new marriage, must not be slandered. As demonstrated in the Cité des dames, the ‘history’ is full of examples showing that the best virtues are not only on a male side. Actually the women are supporting a general message of peace and more widely important values of justice for the benefit of the kingdom. For Christine, the ‘rights of women’ is actually an ethic concept, not conceived in a framework of social and political equality and modulated by a traditional vision of the woman.


Mots-clés


Christine de Pizan, droit des femmes

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